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Le développement rural sera féministe ou ne sera pas
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2020-10-15

Auteur : Mariana Gallardo  |  Pays : Mexique

Bien que dans pratiquement tous les espaces les femmes se trouvent dans une situation moins avantageuse que les hommes, dans les champs cette condition et beaucoup plus critique et invisibilisée. Cela est très grave car au Mexique, comme dans le monde, les femmes sont responsables de presque la moitié de la production rurale. 

Pour assurer un développement rural durable, c’est fondamental que toutes les politiques et programmes de développement se conçoivent en partant d’une perspective de genre. Cela représenterait un impact remarquable non seulement pas dans le droits et la qualité de vie des femmes, mais aussi dans la lutte contre la pauvreté et la réduction de la faim. 

Au Mexique, le rapport populationnel entre les homms et les femmes en milieu rural est égal à celui de la population totale du pays : il y a 50 hommes pour 52 femmes. Cependant, malgré le fait que les femmes sont responsables de la production d’environ 50 % des aliments, seulement 12 % de la force de travail rurale est féminine. Ceci avance quelque chose : les femmes dans les champs travaillent plus et produisent plus. Mais cela pose aussi beaucoup de questions sur les conditions dans lesquelles les femmes font ce travail. 

Cet écart entre la force de travail rurale féminine et son apport productif peut s’expliquer par plusieurs raisons. Tout d’abord, une grande partie des activités de production faites par les femmes dans de localités rurales ne sont pas rémunérées, car elles sont socialement considérées comme de soutien ou comme une responsabilité familiale. D’un autre côté, le fossé salarial dans le secteur rural au Mexique est de 66 %, c’est à dire, la main d’oeuvre féminine est rémunérée à moins de la moitié de ce qu’un homme toucherait pour faire la même activité. Aussi, les femmes en milieu rural travaillent plus de temps que les hommes, en moyenne jusqu’à 22 heures de plus par semaine. En plus, 97 % des femmes en milieu rural occupées formellement dans des activités agricoles et de pêche font des activités non rémunérées, principalement des tâches ménagères, de soins et de travail social communautaire. Et les tendances de migration ont aussi un impact relevant sur les dynamiques laborales des femmes de la campagne, car elles poussent vers une redistribution du travail agricole. Cela signifie que dans les champs la plupart des femmes ont une double journée et charge de travail. 

En plus de faire face aux inégalités laborales, les femmes dans le champ n’ont pas d’accès ou ont un accès limité à la détention des terres, aux instrument financiers, à la représentation politique, à l’entraînement et aux ressources de production. Toutes ces conditions-là font preuve d’une inégalité systématique qui rend pratiquement impossible leur mobilité sociale. 

Un chiffre aussi alarmant c’est que selon les données du Conseil national d’évaluation des politiques de développement social (CONEVAL) et l’Institut national des femmes (INMUJERES) au Mexique, environ 90 % des femmes qui vivent dans des localités rurales subissent une forme de pauvreté ou sont vulnérables dû aux manques sociaux, et 18 % sont indigènes. La condition de vulnérabilité de ces femmes est donc intersectionnelle, c’est à dire, elles personnifient la somme de tous les désavantages des groupes les plus vulnérables. 

Perspective de genre dans les programmes pour le développement rural

Au Mexique il y existent des initiatives et programmes pour répondre au problème, comme le Bureau des femmes rurales indigènes et paysannes (MMRIC), un mécanisme de coordination et liaison avec treize services du gouvernement fédéral établi en 2014, dont l’objectif est la mobilisation de ressources humaines et budgétaires pour prôner le développement des femmes dans ce secteur. Malgré cette initiative, les actions pour assurer l’égalité de genres dans le secteur rural restent insuffisantes. 

Une grande partie des programmes mis relief par les services qui constituent le MMRIC comme des actions destinées à améliorer la situation des femmes en milieu rural considèrent que pour le fait que les femmes font partie du public ciblé par ces programmes, la population rurale, elles seront bénéficiées et ils ne prennent pas compte des barrières d’accès, ni de la condition plus forte de vulnérabilité à laquelle elles font face. C’est à dire, ils n’ont pas de perspective de genre. 

De leur part, les treize programmes du Ministère d’agriculture et développement rural (SADER) courants en 2019, sept ont considéré dans leurs directives de mise en place des quotas de genre ou ont priorisé les demandes de femmes. Cependant, de ces programmes, seulement un, le Programme de développement rural, a pris compte des désavantages systémiques auxquels les femmes font face pour remplir les critères de sélection aux aides gouvernementales et, en conséquence, a établi des critères de sélection spécifiques aux demandantes. 

Un des critères le plus désavantageux pour les candidates, c’est l’attestation légale de propriété agricole, car au Mexique, plus particulièrement dans les noyaux agricoles, seulement 25 % des femmes ont des propriétés agricoles. Ainsi, malgré ce que quelques-uns des programmes gouvernementaux établissent des quotas de genre ou priorisent les demandes de femmes, beaucoup d’entre elles n’ont même pas la possibilité d’être prises en compte, car les critères de sélection ne reconnaissent pas leur situation ni leur capacité à les remplir. 

Contrairement aux programmes cités, le programme Semer la vie (Sembrando Vida) a une perspective de genre un peu plus ample. Ce programme, géré par le Ministère du bien-être, comprend dans ses directives de mise en place quelques actions raffermissantes avec pour but de renforcer l’accès de femmes en milieu rural aux ressources économiques et de production, aux instruments d’épargne et d’entraînement. Par exemple, il donne aux femmes qui ne possèdent pas de terres agricoles la possibilité de présenter des contrats de bail, en même temps qu’il propose un suivi et une assistance technique à leur signature, il détermine que le personnel opérationnel et technique doit être entraîné dans des questions de genre et sera constitué au moins à 30 % par des femmes, il détermine que les programmes de travail des paysannes sera établi après un diagnostic de leur emploi du temps, et, comme le programme affecte des ressources économique et établit un système d’épargne bancaire, il vise à contribuer à leur accès aux instruments financiers. Bien que ces directives ne résolvent pas les inégalités systémiques, on constate des progrès au niveau de la perception. Il faudra évaluer leur incidence dans l’accomplissement des objectifs du programme et dans l’amélioration du cadre de vie des femmes dans le secteur rural. 

Comment prétend-on stimuler le développement rural quand on ignore pratiquement la moitié de sa population ?, comment le cadre de vie de la population rurale pourra-t-il être meilleur si les conditions particulières des paysannes sont méprisées ?, comment atteindre la sécurité alimentaire si celles qui produisent une partie substantielle des aliments sont mésestimées ?, comment arriver à l’éradication de la pauvreté si l’on ne s’occupe pas primordialement de celles qui la subissent le plus : les femmes en milieu rural ? 

La réponse à ces questions : le développement rural devra être féministe, ou il ne sera simplement pas. Comme les femmes sont une partie prenante fondamentale de la productivité agricole, la première condition pour assurer le développement rural devra être s’occuper des besoins et du bien-être de ce secteur de la population, ainsi que de garantir son accès équitable et opportun aux droit qui lui correspondent. 

 

Mariana Gallardo (@marianushka06) est associée de gestion des savoirs du Programme pour le Suivi et Évaluation Rurale. 

Cet article a été à l’origine publié par Animal Político le 27 mars 2020 dans la rubrique “Évaluation et décisions” du CLEAR LAC. Vous pouvez consulter l’article d’origine (en espagnol) sur : https://www.animalpolitico.com/evaluacion-y-decisiones/el-desarrollo-rural-sera-feminista-o-no-sera/  

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